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Or et argent

OR ET ARGENT

Les impacts sociaux et environnementaux de l'extraction de l'or ternissent l'éclat de nos bijoux et en diminuent la valeur symbolique. Petit guide pour s'y retrouver...

Qui songerait à déloger les bijoux en or de la première place au hit-parade universel des plus belles preuves d'amour et de féminité ? Comment soupçonner que derrière tant de brillance et de richesse se cachent des pratiques parfois si sombres et misérables qu’elles ont tôt fait de ternir, pour celui qui en a connaissance, ces symboles de bonheur et d’éclat ? Car l'industrialisation des pratiques d'extraction est telle aujourd’hui que si l’on comptabilisait le coût social et environnemental de l’or pour calculer la valeur réelle des bijoux que nous convoitons, peu d'entre nous pourraient (et voudraient) encore se les offrir.  Voici notre petit guide à l'attention des chercheurs d'or "vert"...

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Le saviez-vous ?

  • Depuis les débuts de son exploitation par l'homme, on estime la production totale de l'or à 125 000 tonnes, dont la majorité a eu lieu durant les 150 dernières années.
  • Un tiers de l'or extrait dans le monde est utilisé pour les parures et bijoux de toutes sortes, un autre tiers est utilisé par les banques, un quart sert à la fabrication de lingots ou de pièces, ou achetés par des particuliers et le reste est utilisé dans l'industrie.
  • Entre 1995 et 2015, 50% de la production d’or provient ou proviendra des territoires des peuples indigènes de différents continents (Afrique, Etats-Unis, Australie, Amérique Latine, etc.). Les gouvernements profitent souvent du fait que les droits de propriété sur ces terres ne sont pas clairement établis pour revendre les droits d’exploitation aux entreprises minières, sans tenir compte des populations locales. Ainsi, entre 1990 et 1998, 30 000 personnes ont été évacuées de la région Tarkwa au Ghana et plus récemment, un nouveau projet de mine d'or proposé en Californie par la société Glamis Glod a été mis en cause car il risquait de détruire ou détériorer plus de 50 sites sacrés des Indiens Quechan …
  • Les mines artisanales, dont la plupart sont situées dans des pays en voie de développement, représentent 10% de la production mondiale. Si l'or est devenu une source de richesse pour les pays producteurs, l'industrie est également le berceau d'une grande précarité. Ainsi au Pérou, de petites exploitations produisant 15 tonnes d'or par an font vivre 30 000 familles. Mais cette l’industrie extractive repose en grande partie sur le travail des enfants qui descendent dans les puits pour convoyer le minerai ou travaillent à l’extérieur dans les laveries avec une forte exposition aux émanations de mercure. De manière générale, les conditions de travail dans les mines et les techniques employées sont encore très rudimentaires : de 1868 à 1995, 80 000 mineurs ont péri dans les mines d'or. 
  • L’extraction de l’or est aussi très consommatrice de ressources. Selon la Société Française de Chimie, la production d'une once d'or, nécessitait en 1984 39 heures de travail mais aussi  l'extraction de 3,3 t de minerai, 5,4 m3 d'eau, 572 kWh et 12 m3 d'air comprimé. Les mines sont par ailleurs génératrices de déchets : la fabrication d'une simple bague génère 20 tonnes de déchets miniers.
  • La plus importante source de pollution dans les mines est liée à l'utilisation massive de produits chimiques. Dans les mines artisanales, on utilise du mercure, une solution simple et bon marché pour récupérer l'or et dont la quasi-totalité est rejetée dans l'environnement, générant des impacts sanitaires importants. Les mines d'or et d'argent sont d'ailleurs la troisième source de consommation de mercure après la production de batteries et celle de chlore ou de soude caustique . Dans les mines plus modernes, c'est le cyanure de sodium qui est principalement utilisé, un composé chimique à très grande toxicité (voir la catastrophe écologique qui s'est produite en 2000 en Roumanie où 120 tonnes de cyanure se sont déversées à cause d'une fuite d'un réservoir de décantation, dans une rivière pour polluer 400 kilomètres de rivière en Hongrie et Yougoslavie). Si l'utilisation du cyanure est peu réglementée, une initiative volontaire a été lancée sous l'égide des Nations-Unies et du ICME (International Council on Metals & The Environnement) pour tenter de rationaliser ses conditions d'utilisation. Si l'application de ce code de conduite est encore volontaire, il pourrait à terme donner des pistes aux gouvernements pour renforcer les réglementations sur le sujet.
  • Enfin, un autre sous-produit particulièrement toxique de l'exploitation de l’or : les drainages miniers acides, ces eaux acides provenant de l'oxydation spontanée des matériaux sulfurés qui se forment à l'intérieur de la mine et s'en échappent par les galeries, venant polluer les sources locales d'eau potable avec des métaux toxiques comme l'arsenic, le plomb ou le mercure. Ainsi, selon l'Agence américaine pour la Protection de l'Environnement en 2000, l'activité minière aurait contaminé plus de 40% des bassins versants de l'ouest des Etats-Unis et au moins six exploitations auraient été en infraction avec la réglementation sur les rejets dans l’eau entre 2002 et 2004.
  • Autre enjeu lié aux industries extractives, dont l'or et l'argent : la fréquence du travail des enfants dans toutes les mines en Inde, au Pérou, en Afrique et en Amérique du Sud. En Colombie, selon une enquête du BIT datant de 1993, 45 % des ouvriers des carrières avaient entre 10 et 15 ans et 20 %, soit un sur 5, ont entre 5 et 9 ans. Ils travaillent souvent 100 heures par semaine, vivant et dormant sur leur lieu de travail.
  • Pour ce qui concerne l'argent, le Pérou et le Mexique représentent ensemble environ un tiers de la production mondiale, devant la Chine qui produit 11% de l’argent mondial. Les mines d'argent sont souvent aussi des mines d'or, de cuivre ou de plomb – et les impacts environnementaux ou sociaux de l'extraction de l'argent sont par conséquent assez similaires à ceux de l'or. Beaucoup plus accessible que l'or, puisque vendu plus de cinquante fois moins cher  que ce dernier, l'argent est donc beaucoup utilisé dans la fabrication de bijoux, d'autant plus qu'il est très malléable et apprécié pour son éclat blanc particulier. Du fait du grand nombre de bijoux en argent produits dans le monde, notamment des bracelets, colliers, bagues et boucles d'oreille ethniques issus de l'artisanat local et vendus comme souvenirs dans des zones à forte fréquentation touristique comme le Maghreb, l'Amérique Latine ou l'Afrique, un enjeu important sur ce type de produits est lié aux conditions sociales de production : peu à peu, des offres de bijoux en argent issus du commerce équitable se développent, garantissant aux artisans locaux des pays du Sud de vivre leur travail.
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Bonnes nouvelles

  • L’opinion publique se mobilise. Pour sensibiliser le public à ces enjeux, combattre les dérapages de l'industrie et tenter d'aider les populations les plus exposées, les associations EarthWorks Action et Oxfam se sont associées dans une campagne intitulée No Dirty Gold : distribution de cartes portant le slogan "ne ternissez pas votre amour avec de l'or sale"  devant les grandes boutiques de joaillerie à New York, Boston et Washington au moment de la Saint-Valentin en 2004, et en 2006, réalisation d'une publicité dans le New York Times incitant les consommateurs américains à vérifier l'engagement de si leur détaillant est du côté des entreprises leaders sur ces questions (avec Tiffany, Cartier, Piaget, Van Cleef…) ou au contraire du côté des retardataires (comme Rolex, Wal-Mart,…). Les organisateurs de la campagne ont aussi publié (en anglais seulement) la brochure "What is the real price of gold ?".
  • En parallèle, des initiatives du secteur voient le jour. En 2005, 14 entreprises impliquées dans la filière joaillière or et diamants (parmi lesquelles Tiffany  et Cartier) ont créé le Conseil pour des Pratiques Joaillières Responsables afin de restaurer un climat de confiance  grâce à un « cadre de pratiques responsables » applicable à tous les adhérents et dont le respect est vérifié de manière indépendante.
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Ce que vous pouvez faire

  • Renseignez-vous sur les démarches volontaires de vos joailliers : certaines entreprises du secteur commencent à s'engager vers plus de transparence et un meilleur contrôle du fonctionnement des mines d'extraction. Dans cet esprit, on a pu voir en mars 2004, dans le magazine américain The Washington Post, une page entière dédiée à l'engagement du  géant Tiffany & Co, s’opposant à la construction d'une mine d'argent et de cuivre à Rock Creek dans le Montana, une région encore inexploitée et riche en biodiversité. Aujourd'hui, Tiffany achète son or à une mine de l'état du Utah où le cyanure n'est pas utilisé et ses diamants au Canada. D'ailleurs dans la campagne menée dans les pays anglo-saxons à l’occasion de la Saint-Valentin 2006, le collectif No Dirty Gold  cite Tiffany aux côtés d’autres joailliers recommandés (comme Helzberg, Signet, Fortunoff, Cartier, Piaget, Van Cleff & Arpels et Zale Corporation).

  • Dans tous les cas, en ce qui concerne l'or, gardez en tête que la récupération et le recyclage sont des pratiques tout à fait adaptées pour ce matériau précieux qui ne perd pas de valeur avec les années. De plus, les bijoux anciens ont souvent autant de cachet, si ce n'est plus, que les neufs… sans compter le plaisir de les « chiner » ! Si au fil des ans un bracelet, une bague, une broche ou un collier ne vous plaît plus, pensez donc à questionner votre bijoutier sur les possibilités de le transformer…plutôt que de le laisser au fond de la boîte à bijoux.

  • En parallèle, certaines petites entreprises de joaillerie profitent judicieusement de la lenteur des grands groupes pour proposer une offre alternative de « bijoux responsables » fabriqués avec des pierres et des métaux  précieux dont l’origine et la qualité sociale ou environnementale sont certifiées. Malheureusement, de telles entreprises sont encore peu courantes en France, mais voici tout de même quelques exemples :
    - l'entreprise GreenKarat, membre du club 1% For The Planet (club international d'entreprises engagées à verser 1% de leur chiffre d'affaires au profit d'organisations environnementales), a créé une ligne de bagues de mariage et de fiançailles  à partir d'or jaune et d'or blanc recyclé ;
    - la maison Leber Jeweler, basée à Chicago depuis sa création en 1921, propose des bijoux fabriqués à partir de métaux précieux recyclés et plus largement de pierres précieuses issues du commerce équitable et de diamants canadiens  ;
    - Sumiche Jewelry
    , établie depuis 20 ans dans l’Oregon aux Etats-Unis, vend des bagues en or et platine issus du commerce équitable et produits dans le respect de l’environnement  dans le cadre notamment du programme Green Gold.
    - SilverChilli
    est une entreprise anglaise qui s'est spécialisée de son côté dans les bijoux en argent fabriqués au Mexique dans les conditions du commerce équitable.
    - Enfin, Brilliant Earth est une entreprise canadienne qui utilise pour ses bijoux des diamants certifiés non-issus de zones de conflit mais aussi de l'or et de l'argent recyclés.